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vendredi 4 mai 2012


    Voyage au Viet Nam.



 "  Inévitable retour aux sources.
Impression d’éternité et de temps suspendu.
Rizières inondées, récoltes de riz éparpillé à même la route, bouquets roses et jaunes de bâtons d’encens, porches ouverts où somnolent des vieillards, traversée du Mékong aux remous boueux
sur un bac rouillé, rien n’a changé, je m’attends à voir la jeune Duras et son amant chinois
caché dans la berline noire.
Des heures de voyage en voiture, le tympan percé par les stridences de la radio.
 La parole intarissable, des heures chaudes de la fin d’après-midi jusqu’aux premières lueurs du jour, dans les vapeurs d’encens et de cigarette, tandis que les cris des  vendeurs de soupe montent  par les fentes ouvertes des murs où se faufilent les lézards.
Fous-rires partagés sur les scooters conduits par les cousins.
Appréhension devant les bols de Pho délicieux qui bouillonne des heures entières dans les marmites douteuses des vendeurs de rue, nœud dans la gorge lorsqu’il faut le consommer avec des cuillers d’aluminium posés sur les petites tables incrustées de graisse.
Frissons de crainte émerveillée dans les jardins et les mausolées de Hué, seuls touristes errant dans ces lieux magiques et déserts. Nous deux, seuls devant les statues et les temples, seuls au pied d’escaliers interminables gravis sous une chaleur pesante, seuls dans les cyclo-pousse qui nous emmènent vers d’autres destinations que celles que nous avions demandées.
Sourires incrédules à bord du minuscule Fokker  d’Air Vietnam qui nous ramène à Saigon.
Agacement ému d’être sans cesse harcelés par les petits vendeurs de cigarettes et de chewing-gums qui nous insultent paisiblement quand nous les écartons de notre chemin.
Conversations ardues autour de bières 333 et de cigarettes américaines à tenter de comprendre le Vietnam d’aujourd’hui, à refaire le passé et le présent, deux éternels adolescents entêtés, rien d’un père et de sa fille.
Délices culinaires partagés, lait de coco tiède bu à même la noix, melons d’eau et ananas présentés en corolles, nems croquantes et parfumées, coriandre luxuriante, pommes cannelle inconnues, croissants collants et sucrés, frites dorées et grasses, interprétations exotiques de la présence Française toujours perceptible.
Rencontres fugitives, des soldats rencontrés au sommet du Mont Nam, près de Chaudoc, chants traditionnels, accords de guitare, regards croisés qui se perdent sur le paysage luisant des rizières inondées.
Instants fugaces marqués dans la chair, instants denses et fulgurants comme un trait de crayon noir sur une page. Ces instants-là, je les ai vécus, ils sont miens, ils ont rejoint d’autres trésors enfouis que ma mémoire peut faire sortir de l’ombre lorsque la parole se tait et que le regard se trouble.
Mon père et moi. "  



                  

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