" Le conteur : La petite
marchande crac, crac, craque toutes les allumettes d’un seul coup et la flamme
qu’elles font, dépasse en lumière et en intensité toutes les autres flammes, la
petite en est tout embrasée, la ville entière en est tout illuminée et les
veaux, vaches, cochons, chevaux dans la campagne en sentent la chaleur. C’est
dire que la petite marchande a réussi un exploit peu banal.
La petite
marchande :
Tu l’as dit, j’en suis très fière et je vais pouvoir entrer dans le livre des
records.
Le conteur : Reste modeste. Le monde qui l’entoure est encore plus merveilleux que tous les autres mondes. De l’herbe à perte de vue, mais quelle herbe, la plus verte, la plus épaisse, la plus moelleuse, la plus chatouilleuse, la plus douce sous les pieds, plus besoin de chaussures et encore moins de péniches, cette herbe-là s’écrase sous les orteils en douceur, et des coquelicots à perte de vue, si rouges, si vifs, si géants qu’elle peut s’en faire des jupes et des ombrelles. Et sous les coquelicots, des coccinelles et des libellules prennent le frais à l’abri du soleil.
La petite
marchande :
Hé, le conteur, ne t’emballe pas, c’est à moi de parler ! Bonjour, les
coccinelles, bonjour les libellules, mais dans quel pays merveilleux
sommes-nous donc ?
Une
coccinelle :
J’en sais rien, moi. Continue ton chemin.
Une
libellule :
J’en sais rien non plus, moi. Continue ton chemin, et laisse-nous faire la
sieste.
La
coccinelle :
J’aimerais que tu te montres originale pour une fois et que tu ne répètes pas
ce que je viens de dire.
La
libellule :
Ne prends pas la mouche, je voulais juste t’asticoter. Va voir le hanneton,
petite, il pourra te renseigner.
Le hanneton : Qui m’appelle,
qui me parle ? De qui se moque-t-on ? Va plutôt voir l’abeille ou le
papillon. "
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