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jeudi 3 mai 2012


" Daddy Wayne,

Ces retrouvailles - là. Des années à  y rêver.
 Plus à l'ordre du jour.

T'en connais beaucoup, des pères qui passent l'arme à gauche en plein vol, pour cause de dépressurisation, poumons brûlés, cœur en charpie? C'est ton idée d'un come back, funérailles nationales, première classe à Arlington, sonnerie aux morts et drapeau sur ton plastic bag.

Ca fait longtemps que les vétérans du Nam, on les a oubliés, et la charge héroïque de 9/11,  aussi, qu'est-ce que tu crois?

Adios mother Fucker.

Périmé, mon chagrin, replié, cocotte en papier, à la queue leu leu, jusqu'à la baignoire.

Tiny T ne comprend pas que tu mettes si longtemps.
Il pense à Sigma la cigogne qui va partir faire son nid au zoo du Bronx.

Les animaux du Zoo de Berlin ont hurlé à la mort pendant les bombardements. On a retrouvé des animaux morts, le cœur explosé. On a retrouvé des morceaux de morts, à Ground Zero.

Ton plastic bag King Size à Heathrow Airport. 

Return the Sender.

Tessa ouvre des yeux comme des soucoupes sur un sapin qui clignote. Tant pis pour John, j'ai acheté ce qu'on fait de pire dans le genre. Des guirlandes, des étoiles, des boules de verre. Et des ailes d'ange dans la neige.

T'aurais pu me dire pourquoi j'ai pas de Baby Book. Pourquoi j'ai pas de photos de moi à l'âge de Tessa.

T'aurais pu, même si je sais pourquoi.
C'était pas la peine d'en faire autant.

Tu es parti. Je serre mes lèvres et mes jambes, pour pas pleurer, pour pas pisser. La maîtresse a déjà éteint les lumières.

xx



Sweetpea: Pourquoi t'arrives toujours le dernier? J'attends depuis trop longtemps.

Wayne: J'ai une idée. On va pique-niquer au Chinese Scholar's Garden. Devant la fenêtre en forme de feuille de bananier.

Sweetpea: On va toujours au même endroit. Les filles, elles disent que t'es toujours dans les boondocks, fucked up, elles disent.

Wayne: Toi, t'en dis quoi?

Sweetpea: La fenêtre - feuille de bananier, quand tu la regarde trop longtemps, elle vole dans le ciel.

Wayne: That's my girl."

extrait de mes  Correspondances.

Sans me vanter, j'adore ces lettres imaginées au cours de l'atelier d'écriture de Fabrice Melquiot.
Evidemment, oui, j'aimerais qu'un jour, elle soient lues. 
Mais ce n'est pas grave si elles ne le sont pas.



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