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mercredi 30 mai 2012

avec moi, les bonnes nouvelles sont souvent couplées de mauvaises, ou du moins, j'ai toujours cette impression.
hier donc, Pauline m'a annoncé une bonne nouvelle, et Arnaud une mauvaise.
cela s'équilibre.
comme le vide et le plein, ça marche comme ça la vie.


comme dirait le vieux sage, c'est la branloire pérenne de la vie.


de la superstition, cela s'appelle.


à l'arrêt de bus, j'ai cru voir une fille à tête de chien. En fait, c'était juste son chignon. J'ai pensé aux idées saugrenues qui vous viennent avant les idées simples et logiques.


comme cette amie américaine au cimetière d'Arlington qui dit, c'est fou, c'est tellement bien organisé ici qu'ils diffusent des chants d'oiseaux dans les arbres.
c'était tout simplement des oiseaux qui chantaient dans les arbres.


           et samedi au palais du tau je me suis retrouvé face à lui







samedi 26 mai 2012

Décalage horaire


sur mon ordinateur, j'ai deux horloges, une pour Reims, une pour Fukuoka, je vois donc que pour Arnaud, c'est déjà dimanche matin et tout d'un coup, cela me fait réaliser qu'il est loin.


je pense aussi à Ro, qui avait voulu fêter son anniversaire deux fois, au Japon et aux Etats-Unis par la grâce du même décalage horaire.


et ça m'amène à penser à Woody Allen qui se demandait si on restait donc en vie ici quand on était déjà mort là-bas


.“I’m going to kill myself. I should go to Paris and jump off the Eiffel Tower. I’ll be dead. you know, in fact, if I get the Concorde, I could be dead three hours earlier, which would be perfect. Or wait a minute. It -- with the time change, I could be alive for six hours in New York but dead three hours in Paris. I could get things done, and I could also be dead.”
― Woody Allen

comme quoi, le jetlag, c'est un sacré time warp.

mardi 22 mai 2012

quand j'étais petite, j'étais amoureuse d'Alain Delon. Je pensais à lui tous les jours, et quand il a été mêlé à un scandale et mis en garde à vue, j'ai eu mon premier chagrin. J'avais une collection de photos et un coussin avec sa photo dessus.
Je prononçais son prénom tout bas.
Je suis sûre que j'ai été favorablement disposée à l'égard de mon mari pour ça.


j'y repense aujourd'hui parce que j'ai vu un Tshirt avec cette photo du coussin.


chacun sa madeleine.


faut dire...



  

samedi 19 mai 2012

Nuages, merveilleux nuages
la baule




derby

dresde

amsterdam

kyoto

rome

rome



quelque part

à sienne, un seul nuage léger

Photomaton


Hier on a passé une belle journée, on a fait des photos avec l'appareil de Pauline, que je lui pique de son blog.


Elles sont drôles, ces photos, elles me montrent beaucoup de choses sur moi, sur elle et sur notre relation.
Elles me rappellent aussi les photomatons avec Philippe et Aline, j'ai vieilli mais j'ai la même tête et les mêmes grimaces.



Hier, je me suis couchée tard. J'ai lu Jane Eyre, et regardé l'adaptation de la BBC, 4h de dramatisation un peu désuète, comme celle des Hauts de Hurlevent, avec Claude Titre et Geneviève Casile, dont j'ai retrouvé à grand-peine quelques images sur l'INA, mais qui nous avaient fait palpiter quand nous étions petits.

lundi 14 mai 2012


voici un extrait d'une nouvelle commencée hier:


" elle avait toujours aimé se promener sur la plage de la Baule à marée basse. Les jours de grande marée, on pouvait marcher jusqu'au Pouliguen et ramasser des coques et quelques moules sur les rochers. Mais c'était une plage très civilisée, rien à voir avec la Côte Sauvage. Quand elle venait à la Baule, c'était par le train et elle n'allait pas sur la Côte Sauvage.

ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'était le craquement particulier des coquillages sous ses chaussures, et la remontée de l'eau dans ses traces. C'était aussi le souvenir des étés passés, avec ses enfants et son mari.  Longtemps, une autre vie.

ce weekend de l'Ascension, elle avait décidé de venir seule et de se promener à marée basse, elle allait rarement du côté de l'avenue des Evens,  le marché était détruit, on espérait que les nouvelles halles seraient prêtes pour la saison estivale mais ce n'était pas sûr.

elle se sentait comme ces crustacés dans les aquariums du marché, ou comme ces coques à demi ouvertes qui suffoquaient sur le sable mouillé. Elle ne savait pas si une coque suffoquait. Elle l'imaginait seulement. Il lui avait fallu trois longues années pour sortir de cette histoire qui n'en fut même pas une, mais qui avait bien failli la submerger et l'engloutir. Elle se disait maintenant que cela avait été une belle histoire mais que, si elle était honnête, elle avait failli se noyer pour rien, un peu comme ces enfants qui perdent pied sous la vague alors qu'ils sont tout près du bord."




samedi 12 mai 2012


Tiens, j'ai envie de remettre un autre extrait de mon Creative writing, dans lequel je rends hommage à cette nuit blanche passée au Palais du Tau.
En compagnie de Philippe, celui qui me ressemble tant que les gens nous reconnaissent sans nous avoir jamais rencontrés. 
Bien sûr, ces moments-là ne se sont pas renouvelés et en ce sens, ils ont vraiment été uniques. 

Il y avait Fabrice et son ordinateur portable qui lui faisait dans l'obscurité du musée  comme un masque bleuté.

Il y avait Gilles, assis par terre dans une sorte de crypte,  qui écrivait sur l'Inde.

Il y avait Rémi, et Eddy.

il y avait des gargouilles et des photos de la cathédrale éventrée.



" Hésitation, puis chacun se disperse, avec sa torche, sa couverture et son cahier. Assis, par terre, sur des sièges, allongés sur le ventre,  sur les banquettes, un campement dans le silence d'un musée, la nuit.
Silence, obscurité trouée par les ronds des torches.

Bridge ( voix off): Ca tombe bien, j'ai toujours voulu voir cette salle de nuit. Masques et gargouilles. Recomposer dans les fragments de chaos une cathédrale vierge, neuve. Enfilade de salles pleines d'échos et de plaintes. Fracas silencieux des visages rongés, des moignons, des yeux vides des statues. Pas mal, ça. Bizarre, quand j'écris, toujours pareil. Morbide, triste, je pleure, je gémis. Faut dire, entourée de têtes d'anges décapitées, pas  propice à la gaîté. Pas si chaude, la couverture de Nature et découvertes, finalement. Bella disait qu'il y avait une machine à café? Pas concentrée, quand même.  ( Bridge se lève, croise sans les voir d'autres ombres marcheuses, s'arrête devant des photos de la cathédrale) Tiens, des photos de la Cathédrale, Reims, la cathédrale Notre-Dame, après le premier conflit mondial, la voûte béante de la croisée du transept. Ben voyons, qu'est-ce que je disais? La voûte béante, le crâne ouvert, à ciel ouvert, la bouche ouverte, la boue, des tranchées. Mal à la gorge, amygdales gonflées, je  couverai pas une petite angine, par hasard? En pleine, nuit, dans un musée fermé, à divaguer, ça sent la mort, la boucherie, que des têtes coupées, des corps morcelés, j'ai toujours mal à la gorge quand je somatise, et là, je sens que je somatise. Les autres. Où ils sont, les autres? Ils ont trouvé une place, un thème, et moi, j'erre, SDF de l'écriture. Tiens, pas mal, ça, dis donc.  D'un banc l'autre, enveloppée dans ma couverture de détresse, SDF de l'écriture...( Elle se pose au pied des photos, se met à écrire rageusement.)

Phil ( voix off - assis sur un siège de gardien, lunettes studieuses, jambes croisées, grand cahier ouvert): Le titre, tout de suite, ça aide, le sanctuaire de pierre, exactement. Un musée est un sanctuaire de pierre, rien que du fossilisé. Moi qui m'occupe des vivants, j'y suis toujours, dans les musées. La craie vivante fige les Rois dans leur splendeur passée. Fronts plissés, minéralité déchue. Mêler le vivant au mort, la séduction des musées, voilà. Traquer les traces du vivant sur les effigies du passé. Le nez dans les reliques. Ca change du microscope, les petites cellules. Tiens, ce matin, encore, putain, quel âge, le gamin,  rien à faire, déjà foutu, et comment je vais dire ça à la mère, moi demain matin? Tête d'angelot joufflu, posée sur son oreiller, blanc comme la craie.  Rongé de l'intérieur. Le velours s'effiloche et s'émiette à la manière d'une roche calcaire. Niches vides, édentées, orphelines de la statuaire royale. Statues de rois face contre terre, mannequins de pierre à l'humilité retrouvée. Bon. Noctambule, je déambule, la torche à la main, dans ce sanctuaire de pierre. C'est pas un haiku, mon pote, que je viens de pondre, facile, mimile. "

mardi 8 mai 2012

The tree being life-divine
Fearing nothing, life-blissful at the core
Within iron and earth;
Knots of pink, fish-silvery
In heaven, in blue, blue heaven...
"Almond blossom"







On dit, personne n'est irremplaçable, c'est faux.
par exemple, Fabrice Melquiot est irremplaçable à la Comédie, le temps qu'il nous a donné, la générosité de ses propositions, une nuit blanche au palais du tau, des heures et des heures d'atelier d'écriture au bocal, nos textes qu'il échenillait virtuellement si l'atelier n'avait pas suffi.
Lorsqu'il est parti vers d'autres horizons, j'ai écrit une pièce courte sur ça.Un extrait donc, un peu drôle et surtout nostalgique:





Creative Writing

Personnages:
l'Auteur
Phil
Bridge
Cath
Bella
Vince
Mag
Jeune1
Jeune2
Jeune3


I- Entrée de Jeu

Grande salle, plafond bas, tuyauterie apparente, piliers, affiches défraîchies, sièges et pupitres d'écolier.
L'Auteur, chemise blanche et veste de velours côtelé, les disciples qui s'ignorent encore, visages curieux, inquiets. Se dandinent, debout, par paquets, certains se connaissent déjà, d'autres ont envie de s'apprivoiser, d'autres encore s'ignorent. Le fossé des générations n'est pas une vue de l'esprit.

L'Auteur: Bonjour, et bienvenue à ce premier atelier de creative writing. Je reviens des US of A, tout le monde sait ce que c'est, le creative writing, aux US. Mais avant de commencer, on pourrait former une grande table avec les pupitres, s'installer, se présenter, puisqu'on va passer plusieurs séances ensemble.

Tout le monde s'exécute. L'Auteur se place en bout de la table ainsi formée, les autres s'assoient comme ils peuvent, ça a un air de cène improvisée, âge et sexe mis à part.

L'Auteur: Bien, on fait un tour de table, j'essaie de me souvenir de vos prénoms.

Phil: Phil

Bella: Bella

Bridge: Bridge

Cath: Cath

Vince: Vince

Mag: Mag

Jeune1: Clem

Jeune2: Soph

Jeune3: Fred

L'Auteur: OK, plus sympa. Alors, je disais. Creative Writing, ça dit ce que ça dit, creative, writing, on décompose et on comprend. Atelier d'écriture, je me méfie. Dans atelier d'écriture, il y a, comme dans atelier de sculpture, de peinture, ou même de broderie ( rires timides), une idée de technique, j'aime pas l'idée d'une technique, de bases, pire, de recette. Produire selon une technique, apprendre à se servir d'un matériau. Bon. Ici, le matériau, c'est quoi? ( les yeux se baissent, les crayons se mâchonnent, personne ne se lance) Le matériau, c'est la langue, alors, vous voyez, les bases.  Le mot important, c'est creative.  Vous ouvrez la bouche, vous dites bonjour, ça peut être une réplique. Du théâtre possible. ( rires et chuchotements) Mais attention, le théâtre, c'est pas la vie. Pour que ça marche, il faut un enjeu, à chaque scène, chaque personnage, chaque situation, un enjeu. Qui peut changer, en cours de scène, dans la tête du personnage, au cours de la situation, mais toujours un enjeu. Jamais perdre de vue l'enjeu, même s'il fluctue. Et puis, quand vous parlez, c'est à partir de vous. Toujours vous. Là, on va essayer de se projeter hors. De Soi. Ecrire depuis.

Vince: Depuis quoi?

L'Auteur:  Le personnage. Son point de vue. Même si c'est une crapule. Même les crapules sont humaines. Je vous distribue une feuille de route ( mains rapaces qui se tendent) Une seule scène pour commencer. Deux personnages, un deal, un enjeu. Pensez à la situation, aux didascalies.

Jeune1: Tu peux rappeler ce que c'est , les dida-machin?

L'Auteur: Les indications scéniques, ce qui va aider le metteur en scène, à mettre en scène. Certains auteurs font des didascalies une voix à part, presque comme le choeur antique.

Jeune1: Ca marche.

Vince: Le deal, j'ai pas suivi, vous pourriez nous mettre plus sur la voie?

L'Auteur: Le deal, le contrat passé entre les personnages, ce qui les lie, ce qui sous-tend l'échange, ce qui existe entre eux, avant la scène. Vince, s'il te plaît, on se tutoie. On est là pour s'éclater, se laisser aller. Oser. On se donne quarante-cinq minutes et on voit?

Phil: Juste une dernière précision, deux personnages qui dialoguent, ou deux monologues?

L'Auteur: On s'essaie au dialogue, mise en place du tout premier échange, le monologue, on verra plus tard. Prenez de l'espace, n'hésitez pas à bouger, à respirer. Quarante-cinq minutes et on se retrouve ppur une première lecture?

Bridge: Lire? Pas ce qu'on a écrit?

Bella: Enfin, ce qu'on aura réussi à gribouiller, parce que moi, quarante-cinq minutes, juste le temps de comprendre les instructions, le deal, l'enjeu, écrire depuis.

Phil: Tu restes ici? Moi, je bouge du côté des lumières.

Bridge: Je te suis.

Ils s'installent côte à côte devant des glaces entourées de spots, façon loge. Frère et soeur, visiblement.
Les autres bougent aussi, chacun occupe son espace. Pénombre. L'Auteur s'éclipse.
Lumière sur ceux qui parlent.

Bridge: T'as des idées. J'ai pas d'idées.

Phil: J'ai l'impression d'avoir vingt ans de moins. Tu me fais rire.

Bridge: L'épreuve de philo du bac, hein? T'avais déja écrit l'intro que je savais pas encore quel sujet prendre. Ben ouais, tu vois, j'ai pas vieilli, moi.

Phil: Mais t'as quand même eu une meilleure note.

Bridge: Pas en philo!

Phil: Concentre-toi, ça va venir. Quarante-cinq minutes, la vache, c'est court.

Bridge: C'est les spots ou quoi, les taches brunes que j'ai, c'est dingue, tu me prends une rendez-vous chez Fabienne avant les vacances, parce que là.

Phil:  Arrête la fixette sur les taches, elles se voient pas, et puis, ça fait plus asiatique. Tu vas pas te mettre aux agents blanchissants. Bon, tu me laisses écrire ou quoi?

 Ils pouffent.

lundi 7 mai 2012

" And the rainbow stood on the earth. She knew that the sordid people who crept hard-scaled and separate on the face of the world's corruption were living still, that the rainbow was arched in their blood and would quiver to life in their spirit, that they would cast off their horny covering of disintegration, that new, clean, naked bodies would issue to a new germination, to a new growth, rising to the light and the wind ans the clean rain of heaven. She saw in the rainbow the earth's new architecture,the old, brittle corruption of houses and factories swept away, the world built up in a living fabric of Truth, fitting to the over-arching heaven."


Dans le doute, je me tourne toujours vers DHL, il a toujours une phrase qui m'éclaire.


Hier, on aurait pu croire que l'arc-en-ciel était apparu. Comme Po qui traverse la rue, orange et rose.






Mais je ne voyais qu'un village gaulois, une guerre des boutons, une lutte à la Clochemerle, des grenouilles qui se prennent pour des bœufs, Twiddletee et Twiddletum, des moulins à vent et des promesses qui s'accrochent à leurs ailes, des paroles fielleuses enrobées de sirop et de miel, des paroles d'apôtre de la réconciliation qui sentaient le règlement de compte.


Alors, je me suis mise à rêver.
Manhattan. Kyoto. Sienne. Saïgon.
Et j'ai regardé shame





dimanche 6 mai 2012

Ce film - là

Bruno Todeschini. Un acteur rare, comme on dit.
Et, en prime, la voix de Marianne Faithfull.


Chéreau n'est pas quelqu'un de drôle, mais il a du talent.

samedi 5 mai 2012

Rooms with views


J'aime les chambres d'hôtel. même si elles sentent le tabac froid, ont des couvertures fines ou râpeuses, sont surchauffées, au fond du couloir ou à côté de l'ascenseur.
j'aime les vues des fenêtres. 
J'aime quand les chambres d'hôtel contiennent quelqu'un que je n'ai pas serré dans mes bras depuis longtemps; ou quelqu'un que j'ai serré dans mes bras la veille.

 Fukuoka, Kyoto, Arnaud, Pauline

Avignon, Pauline
 Dresde, Nous

Amsterdam, Nous
 Sienne
Sienne, Rome

Enfin, un feu d'artifice vu du pont d'Avignon, bien sûr

vendredi 4 mai 2012


    Voyage au Viet Nam.



 "  Inévitable retour aux sources.
Impression d’éternité et de temps suspendu.
Rizières inondées, récoltes de riz éparpillé à même la route, bouquets roses et jaunes de bâtons d’encens, porches ouverts où somnolent des vieillards, traversée du Mékong aux remous boueux
sur un bac rouillé, rien n’a changé, je m’attends à voir la jeune Duras et son amant chinois
caché dans la berline noire.
Des heures de voyage en voiture, le tympan percé par les stridences de la radio.
 La parole intarissable, des heures chaudes de la fin d’après-midi jusqu’aux premières lueurs du jour, dans les vapeurs d’encens et de cigarette, tandis que les cris des  vendeurs de soupe montent  par les fentes ouvertes des murs où se faufilent les lézards.
Fous-rires partagés sur les scooters conduits par les cousins.
Appréhension devant les bols de Pho délicieux qui bouillonne des heures entières dans les marmites douteuses des vendeurs de rue, nœud dans la gorge lorsqu’il faut le consommer avec des cuillers d’aluminium posés sur les petites tables incrustées de graisse.
Frissons de crainte émerveillée dans les jardins et les mausolées de Hué, seuls touristes errant dans ces lieux magiques et déserts. Nous deux, seuls devant les statues et les temples, seuls au pied d’escaliers interminables gravis sous une chaleur pesante, seuls dans les cyclo-pousse qui nous emmènent vers d’autres destinations que celles que nous avions demandées.
Sourires incrédules à bord du minuscule Fokker  d’Air Vietnam qui nous ramène à Saigon.
Agacement ému d’être sans cesse harcelés par les petits vendeurs de cigarettes et de chewing-gums qui nous insultent paisiblement quand nous les écartons de notre chemin.
Conversations ardues autour de bières 333 et de cigarettes américaines à tenter de comprendre le Vietnam d’aujourd’hui, à refaire le passé et le présent, deux éternels adolescents entêtés, rien d’un père et de sa fille.
Délices culinaires partagés, lait de coco tiède bu à même la noix, melons d’eau et ananas présentés en corolles, nems croquantes et parfumées, coriandre luxuriante, pommes cannelle inconnues, croissants collants et sucrés, frites dorées et grasses, interprétations exotiques de la présence Française toujours perceptible.
Rencontres fugitives, des soldats rencontrés au sommet du Mont Nam, près de Chaudoc, chants traditionnels, accords de guitare, regards croisés qui se perdent sur le paysage luisant des rizières inondées.
Instants fugaces marqués dans la chair, instants denses et fulgurants comme un trait de crayon noir sur une page. Ces instants-là, je les ai vécus, ils sont miens, ils ont rejoint d’autres trésors enfouis que ma mémoire peut faire sortir de l’ombre lorsque la parole se tait et que le regard se trouble.
Mon père et moi. "  



                  

Le Cas Jekyll – revu et corrigé

" Dr Jekyll

Individu de sexe masculin, grand, droit, portant souvent, voire toujours un complet-veston-pantalon-gilet-œillet vert à la boutonnière, la première en partant du col, maniant avec aisance sa canne au pommeau d’argent et refermant avec classe son portable après consultation de ses messages, le cheveu noir déjà parsemé de fils gris, si possible gominés pour cacher sa calvitie naissante, marque d’une intelligence rare, signe particulièrement particulier, remonte d’un doigt à l’ongle soigné ses lunettes design, caractéristique principale, a le regard tellement vert qu’on en deviendrait presque végétarien, a également le sourire enveloppant et la lèvre inférieure ourlée, aussi appelée lèvre-coussin, qui invite au baiser ou à la morsure, et dont la seule vision évoque des lendemains qui chantent.

Mr Hyde

Individu de sexe indéfinissable, mais cependant non angélique, trop velu et poilu pour être un ange d’ailleurs, et surtout pas au sourire, sauf si on peut appeler sourire ce retroussement de ce qu’il convient d’appeler lèvre supérieure sur ce qu’il convient d’appeler dents, au-dessus dudit sourire, une excroissance de chair et d’os qu’il convient d’appeler nez, signe particulièrement inclassable, les deux cavités profondes et ravinées, au fond desquelles logent deux flaques boueuses et sans reflet, et qui cependant exercent une fascination telle qu’on ne peut se souvenir si l’individu porte ou ne porte pas de complet-veston, s’il a ou n’a pas de cheveux, de lunettes, de portable ou de gestes élégants, impossible d’établir donc avec précision les traits de l’individu, ni ses préférences vestimentaires, caractéristique anormale l’individu semble absorber la lumière et éteindre le jour."
" To Frieda Weekley, 15 May 1912,


It's a funny thing, to feel one's passion – sex desire – no longer a sort of wandering thing, but steady, and calm. I think, when one loves, one's very sex passion becomes calm, a steady sort of force,instead of a storm. Passion, that nearly drives one mad, is far away from real love.
...
I shall love you all my life. That also is a new idea to me. But I believe it.
Auf Wiedersehen D.H. Lawrence"






Normal que D.H.soit culte.



jeudi 3 mai 2012


" Daddy Wayne,

Ces retrouvailles - là. Des années à  y rêver.
 Plus à l'ordre du jour.

T'en connais beaucoup, des pères qui passent l'arme à gauche en plein vol, pour cause de dépressurisation, poumons brûlés, cœur en charpie? C'est ton idée d'un come back, funérailles nationales, première classe à Arlington, sonnerie aux morts et drapeau sur ton plastic bag.

Ca fait longtemps que les vétérans du Nam, on les a oubliés, et la charge héroïque de 9/11,  aussi, qu'est-ce que tu crois?

Adios mother Fucker.

Périmé, mon chagrin, replié, cocotte en papier, à la queue leu leu, jusqu'à la baignoire.

Tiny T ne comprend pas que tu mettes si longtemps.
Il pense à Sigma la cigogne qui va partir faire son nid au zoo du Bronx.

Les animaux du Zoo de Berlin ont hurlé à la mort pendant les bombardements. On a retrouvé des animaux morts, le cœur explosé. On a retrouvé des morceaux de morts, à Ground Zero.

Ton plastic bag King Size à Heathrow Airport. 

Return the Sender.

Tessa ouvre des yeux comme des soucoupes sur un sapin qui clignote. Tant pis pour John, j'ai acheté ce qu'on fait de pire dans le genre. Des guirlandes, des étoiles, des boules de verre. Et des ailes d'ange dans la neige.

T'aurais pu me dire pourquoi j'ai pas de Baby Book. Pourquoi j'ai pas de photos de moi à l'âge de Tessa.

T'aurais pu, même si je sais pourquoi.
C'était pas la peine d'en faire autant.

Tu es parti. Je serre mes lèvres et mes jambes, pour pas pleurer, pour pas pisser. La maîtresse a déjà éteint les lumières.

xx



Sweetpea: Pourquoi t'arrives toujours le dernier? J'attends depuis trop longtemps.

Wayne: J'ai une idée. On va pique-niquer au Chinese Scholar's Garden. Devant la fenêtre en forme de feuille de bananier.

Sweetpea: On va toujours au même endroit. Les filles, elles disent que t'es toujours dans les boondocks, fucked up, elles disent.

Wayne: Toi, t'en dis quoi?

Sweetpea: La fenêtre - feuille de bananier, quand tu la regarde trop longtemps, elle vole dans le ciel.

Wayne: That's my girl."

extrait de mes  Correspondances.

Sans me vanter, j'adore ces lettres imaginées au cours de l'atelier d'écriture de Fabrice Melquiot.
Evidemment, oui, j'aimerais qu'un jour, elle soient lues. 
Mais ce n'est pas grave si elles ne le sont pas.





enfances


une petit garçon aux yeux bleu Delft.
une petite fille aux yeux noirs.






c'est le début de l'histoire.





deux enfants.quarterons. 
un mot bizarre pour deux merveilles.


Notre premier opéra pour enfants, la petite marchande d'allumettes, avec Thomas, un rêve, une promesse.


" Le conteur : La petite marchande crac, crac, craque toutes les allumettes d’un seul coup et la flamme qu’elles font, dépasse en lumière et en intensité toutes les autres flammes, la petite en est tout embrasée, la ville entière en est tout illuminée et les veaux, vaches, cochons, chevaux dans la campagne en sentent la chaleur. C’est dire que la petite marchande a réussi un exploit peu banal.

La petite marchande : Tu l’as dit, j’en suis très fière et je vais pouvoir entrer dans le livre des records.



Le conteur : Reste modeste. Le monde qui l’entoure est encore plus merveilleux que tous les autres mondes. De l’herbe à perte de vue, mais quelle herbe, la plus verte, la plus épaisse, la plus moelleuse, la plus chatouilleuse, la plus douce sous les pieds, plus besoin de chaussures et encore moins de péniches, cette herbe-là s’écrase sous les orteils en douceur, et des coquelicots à perte de vue, si rouges, si vifs, si géants qu’elle peut s’en faire des jupes et des ombrelles. Et sous les coquelicots, des coccinelles et des libellules prennent le frais à l’abri du soleil.

La petite marchande : Hé, le conteur, ne t’emballe pas, c’est à moi de parler ! Bonjour, les coccinelles, bonjour les libellules, mais dans quel pays merveilleux sommes-nous donc ?

Une coccinelle : J’en sais rien, moi. Continue ton chemin.

Une libellule : J’en sais rien non plus, moi. Continue ton chemin, et laisse-nous faire la sieste.

La coccinelle : J’aimerais que tu te montres originale pour une fois et que tu ne répètes pas ce que je viens de dire.

La libellule : Ne prends pas la mouche, je voulais juste t’asticoter. Va voir le hanneton, petite, il pourra te renseigner.

Le hanneton : Qui m’appelle, qui me parle ? De qui se moque-t-on ? Va plutôt voir l’abeille ou le papillon. "
jeudi 3 mai 2012


Musées - retour d'Amsterdam


Dans les musées,on chuchote, on glisse d'un tableau à l'autre, respectueux et concentrés. Au Rijks Museum, on s'est amusées.
Ailleurs dans Amsterdam, aussi. 



Elfe derrière Spinoza

Femmes au tableau
Touriste à la moue

Jeune fille se la pétant