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samedi 12 mai 2012


Tiens, j'ai envie de remettre un autre extrait de mon Creative writing, dans lequel je rends hommage à cette nuit blanche passée au Palais du Tau.
En compagnie de Philippe, celui qui me ressemble tant que les gens nous reconnaissent sans nous avoir jamais rencontrés. 
Bien sûr, ces moments-là ne se sont pas renouvelés et en ce sens, ils ont vraiment été uniques. 

Il y avait Fabrice et son ordinateur portable qui lui faisait dans l'obscurité du musée  comme un masque bleuté.

Il y avait Gilles, assis par terre dans une sorte de crypte,  qui écrivait sur l'Inde.

Il y avait Rémi, et Eddy.

il y avait des gargouilles et des photos de la cathédrale éventrée.



" Hésitation, puis chacun se disperse, avec sa torche, sa couverture et son cahier. Assis, par terre, sur des sièges, allongés sur le ventre,  sur les banquettes, un campement dans le silence d'un musée, la nuit.
Silence, obscurité trouée par les ronds des torches.

Bridge ( voix off): Ca tombe bien, j'ai toujours voulu voir cette salle de nuit. Masques et gargouilles. Recomposer dans les fragments de chaos une cathédrale vierge, neuve. Enfilade de salles pleines d'échos et de plaintes. Fracas silencieux des visages rongés, des moignons, des yeux vides des statues. Pas mal, ça. Bizarre, quand j'écris, toujours pareil. Morbide, triste, je pleure, je gémis. Faut dire, entourée de têtes d'anges décapitées, pas  propice à la gaîté. Pas si chaude, la couverture de Nature et découvertes, finalement. Bella disait qu'il y avait une machine à café? Pas concentrée, quand même.  ( Bridge se lève, croise sans les voir d'autres ombres marcheuses, s'arrête devant des photos de la cathédrale) Tiens, des photos de la Cathédrale, Reims, la cathédrale Notre-Dame, après le premier conflit mondial, la voûte béante de la croisée du transept. Ben voyons, qu'est-ce que je disais? La voûte béante, le crâne ouvert, à ciel ouvert, la bouche ouverte, la boue, des tranchées. Mal à la gorge, amygdales gonflées, je  couverai pas une petite angine, par hasard? En pleine, nuit, dans un musée fermé, à divaguer, ça sent la mort, la boucherie, que des têtes coupées, des corps morcelés, j'ai toujours mal à la gorge quand je somatise, et là, je sens que je somatise. Les autres. Où ils sont, les autres? Ils ont trouvé une place, un thème, et moi, j'erre, SDF de l'écriture. Tiens, pas mal, ça, dis donc.  D'un banc l'autre, enveloppée dans ma couverture de détresse, SDF de l'écriture...( Elle se pose au pied des photos, se met à écrire rageusement.)

Phil ( voix off - assis sur un siège de gardien, lunettes studieuses, jambes croisées, grand cahier ouvert): Le titre, tout de suite, ça aide, le sanctuaire de pierre, exactement. Un musée est un sanctuaire de pierre, rien que du fossilisé. Moi qui m'occupe des vivants, j'y suis toujours, dans les musées. La craie vivante fige les Rois dans leur splendeur passée. Fronts plissés, minéralité déchue. Mêler le vivant au mort, la séduction des musées, voilà. Traquer les traces du vivant sur les effigies du passé. Le nez dans les reliques. Ca change du microscope, les petites cellules. Tiens, ce matin, encore, putain, quel âge, le gamin,  rien à faire, déjà foutu, et comment je vais dire ça à la mère, moi demain matin? Tête d'angelot joufflu, posée sur son oreiller, blanc comme la craie.  Rongé de l'intérieur. Le velours s'effiloche et s'émiette à la manière d'une roche calcaire. Niches vides, édentées, orphelines de la statuaire royale. Statues de rois face contre terre, mannequins de pierre à l'humilité retrouvée. Bon. Noctambule, je déambule, la torche à la main, dans ce sanctuaire de pierre. C'est pas un haiku, mon pote, que je viens de pondre, facile, mimile. "

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