Tiens, j'ai envie de remettre un autre extrait de mon Creative writing, dans lequel je rends hommage à cette nuit blanche passée au Palais du Tau.
En compagnie de Philippe, celui qui me ressemble tant que les gens nous reconnaissent sans nous avoir jamais rencontrés.
Bien sûr, ces moments-là ne se sont pas renouvelés et en ce sens, ils ont vraiment été uniques.
Il y avait Fabrice et son ordinateur portable qui lui faisait dans l'obscurité du musée comme un masque bleuté.
Il y avait Gilles, assis par terre dans une sorte de crypte, qui écrivait sur l'Inde.
Il y avait Rémi, et Eddy.
il y avait des gargouilles et des photos de la cathédrale éventrée.
" Hésitation, puis chacun se disperse, avec sa torche, sa couverture et
son cahier. Assis, par terre, sur des sièges, allongés sur le ventre, sur les banquettes, un campement dans le
silence d'un musée, la nuit.
Silence, obscurité trouée par les ronds des torches.
Bridge ( voix off): Ca tombe bien, j'ai toujours voulu voir cette
salle de nuit. Masques et gargouilles. Recomposer dans les fragments de
chaos une cathédrale vierge, neuve. Enfilade de salles pleines d'échos et de
plaintes. Fracas silencieux des visages rongés, des moignons, des yeux vides
des statues. Pas mal, ça. Bizarre, quand j'écris, toujours pareil. Morbide,
triste, je pleure, je gémis. Faut dire, entourée de têtes d'anges décapitées,
pas propice à la gaîté. Pas si chaude,
la couverture de Nature et découvertes, finalement. Bella disait qu'il y avait
une machine à café? Pas concentrée, quand même.
( Bridge se lève, croise sans les voir d'autres ombres marcheuses,
s'arrête devant des photos de la cathédrale) Tiens, des photos de la Cathédrale , Reims,
la cathédrale Notre-Dame, après le premier conflit mondial, la voûte béante de
la croisée du transept. Ben voyons, qu'est-ce que je disais? La voûte
béante, le crâne ouvert, à ciel ouvert, la bouche ouverte, la boue, des
tranchées. Mal à la gorge, amygdales gonflées, je couverai pas une petite angine, par hasard?
En pleine, nuit, dans un musée fermé, à divaguer, ça sent la mort, la
boucherie, que des têtes coupées, des corps morcelés, j'ai toujours mal à la
gorge quand je somatise, et là, je sens que je somatise. Les autres. Où ils
sont, les autres? Ils ont trouvé une place, un thème, et moi, j'erre, SDF de
l'écriture. Tiens, pas mal, ça, dis donc.
D'un banc l'autre, enveloppée dans ma couverture de détresse, SDF de
l'écriture...( Elle se pose au pied des photos, se met à écrire
rageusement.)
Phil ( voix off - assis sur un siège de gardien, lunettes studieuses,
jambes croisées, grand cahier ouvert): Le titre, tout de suite, ça
aide, le sanctuaire de pierre, exactement. Un musée est un sanctuaire de
pierre, rien que du fossilisé. Moi qui m'occupe des vivants, j'y suis toujours,
dans les musées. La craie vivante fige les Rois dans leur splendeur passée.
Fronts plissés, minéralité déchue. Mêler le vivant au mort, la séduction
des musées, voilà. Traquer les traces du vivant sur les effigies du passé. Le
nez dans les reliques. Ca change du microscope, les petites cellules. Tiens, ce
matin, encore, putain, quel âge, le gamin,
rien à faire, déjà foutu, et comment je vais dire ça à la mère, moi
demain matin? Tête d'angelot joufflu, posée sur son oreiller, blanc comme la
craie. Rongé de l'intérieur. Le
velours s'effiloche et s'émiette à la manière d'une roche calcaire. Niches
vides, édentées, orphelines de la statuaire royale. Statues de rois face contre
terre, mannequins de pierre à l'humilité retrouvée. Bon. Noctambule, je
déambule, la torche à la main, dans ce sanctuaire de pierre. C'est pas un
haiku, mon pote, que je viens de pondre, facile, mimile. "
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